Bruno Zanotti
 

Bruno Zanotti
AÏKIDO, mon amour

C'est à Cambrai, dont il est originaire, que Bruno Zanotti commence l'aïkido sous la direction du Dr Aigouy. Nous sommes en 1974 et il a tout juste quatorze ans. En 1980, il part pour le Japon. Il y restera dix-sept ans. Revenu en France, il enseigne dorénavant sa discipline à Valenciennes, Rueil Malmaison et Wasquehal.

"Entrer dans le monde de l'aïkido, c'est entrer dans un monde incompréhensible au premier abord. Mais à l'aide d'une technique rigoureuse et heureuse, ce monde met le pratiquant en harmonie avec le "Grand Monde."

Dès les premiers mots de Bruno Zanotti vous voilà plongé dans un autre... monde. En attendant, à ses débuts, Bruno Zanotti rêvait d'un autre pays, celui du Soleil levant. Sa rencontre avec Christian Tissier, aujourd'hui 7ème Dan Aïkikaï, qui rentrait justement du Japon, s'avère déterminante.

L'élève du grand Maître

Il se retrouve ainsi à Tokyo, au Centre mondial de l'aïkido. Se consacrant au maximum à l'entrainement, il est accueilli par un Français, Jean-François Perrin. Pour vivre, il participe au montage et à l'animation d'un café-théâtre dans l'enceinte de l'Institut franco-japonais.

Puis, après son mariage avec une Japonaise, il dirige un restaurant français, en plein centre de Tokyo. "A l'époque, en 1986, l'argent était facile." Les banques fançaises lui proposent des financements afin de monter sa propre affaire. Il refuse pour se consacrer le plus possible à l'aïkido. Il suit tous les enseignements du Centre mondial et voue une dévotion particulière au cours du maître Yamaguchi. La mort de ce dernier, en 1996, et le départ pour Madagascar de Jean-François Perrin, le décident à quitter le Japon pour revenir en France. Il est quatrième Dan Aïkikaï, un grade que l'on ne peut obtenir qu'au Japon. On aura compris que pour Bruno Zanotti, l'aïkido est l'affaire, pour ne pas dire l'art, de toute une vie. C'est ce qui lui permet, notamment, de faire face au choc culturel lié au retour.

Et le disciple devient le professeur

Arrivé en juin, il rejoint en septembre l'Aïkido club de Valenciennes -rattaché à la Fédération française d'aïkido, aïkibudo et affinitaires (FFAAA)- qui compte une centaine de licenciés, dont une trentaine d'enfants. Le Cambrésien, en qualité de professionnel expert, y enseigne ainsi deux fois par semaine. De plus, il intervient dans la région parisienne et au dojo de Wasquehal.

Il reçoit ainsi naturellement des jeunes qui viennent pour "apprendre à se battre". "Je les accepte, dit-il. Et très vite, ils comprennent. L'aïkido est bien plus compliqué et plus fin qu'on ne le pense. Il permet de canaliser les énergies, de rassurer les inquiets, de renforcer un potentiel physique. Le mouvement agressif est absorbé. Il n'y a pas de volonté de destruction mais grand respect du partenaire. L'agressivité retourne toujours vers l'agresseur, sans qu'il y ait sévice."

Sur le tatami (le tapis), Bruno Zanotti explique et démontre. Agenouillés devant le portrait de Morihei Ueshiba, le père de l'aïkido qu'il a fondé en 1925, ils sont près d'une cinquantaine dans la salle des sports du Hainaut, à écouter leur professeur dans le plus profond respect, après le salut au fondateur.

L'école de la maîtrise de soi

Jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, ils se différencient en fonction de leur tenue. Le GI blanc (le vêtement d'entrainement) est commun à tous. Par dessus, les plus expérimentés, les plus gradés, portent la jupe-culotte noire qui n'est pas sans rappelr la tenue du samouraï. Lorsque l'on évoque les arts martiaux on pense d'abord au judo, au karaté, au kung-fu ou au jiu-jitsu. L'aïkido est beaucoup moins connu. L'absence de compétition et donc de médiatisation, contrairement aux autres arts martiaux, y sont pour beaucoup. Pourtant, la France est le pays au monde où il est le plus implanté, en dehors du Japon.

En fait, l'engouement que suscite l'aïkido souligne sa particularité. "Les arts martiaux sont des techniques d'école de guerre. Et l'aïkido a dépassé cela depuis très longtemps" explique Bruno Zanotti. Pour lui, c'est d'abord une école de remise en question de soi, systématique : "Etre sûr de soi, mais ne jamais être sûr d'être sûr".

Philippe Allienne