- Le
Dojo
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- On remarque avant
tout son silence. C'est une
atmosphère qui vous attire,
tout en vous prévenant que
l'accès n'en sera pas facile.
Le premier contact avec le Dojo
traditionnel a quelque chose qui
intrigue et intimide à la
fois.
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- Pour ceux qui l'ont
fréquenté pendant de
longues années, c'est un
endroit quasiment sacré.
C'est ici que l'on affronte sa peur,
ses blocages, son ego. Ce sentiment
de vénération peut
aller assez loin : il y a quelques
années, au Japon, des
vétérans du budo ont
été horrifiés
de voir une foule de fans de rock,
qui allaient à un concert,
prendre un raccourci en coupant
à travers leur dojo. la
police a dû intervenir pour
mettre fin au carnage.
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- L'AUSTERITE DU
DOJO
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- l'austérité,
la dévotion quasi-religieuse
dont nous parlons est sans doute
étrangère aux
pratiquants qui s'entraînent
dans des dojo hérissés
de coupes et de posters. On les a
habitués à traiter
leur dojo comme un, gymnase, et il
est difficile de combattre son
égo et ses faiblesses entre
un sauna et un appareil de
musculation.
-
- le dojo traditionnel
n'est pas un endroit où on
essaye de se faire valoir. Ce n'est
pas non plus le lieu où l'on
vient entretenir sa forme physique.
Trop d'écoles actuelles sont
tombées dans ces travers qui
n'ont rien à voir avec la
formation du véritable budo.
Au contraire, ce sont des
distractions qui peuvent
détourner à tout
jamais le débutant de
l'application profonde de sa
pratique.
-
- le seul entrainement
de guerrier de l'époque
féodale avait lieu sur le
champ de bataille. le samouraï
ne recevait quasiment aucun
enseignement, et le bon
élève était
tout simplement celui qui restait en
vie. Le dojo tel que nous le
connaissons aujourd'hui est issu du
système des ryu
(écoles) qui date du
XVè siècle.
-
- Ce sont ces
écoles qui ont codifié
l'art des guerriers japonais et lui
ont donné sa forme
définitive, en étant
aussi le cadre de leur transmission
aux nouvelles
générations. les ryu
se multipliant, les villages prirent
l'habitude de réserver un
bâtiment ou un terrain pour
l'établissement d'une
école.
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- ORIGINE DU
DOJO
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- les premiers dojo
n'avaient rien de spectaculaire. le
seigneur féodal nedonnait pas
de salle. Ses samuraï
s'entraînaient là
où on les logeait ou dans les
jardins du château. les
premiers dojo indépendants
étaient des entreprises
privées, des entreprises
familiales, bien qu'à
l'époque personne n'aurait
songé à les appeler
ainsi. le dojo principal du
Yagyu-shinkage-ryu, par exemple,
construit par la famille Yagyu alors
qu'elle était encore vassale
du clan Miyoshi, continua de
façon indépendante
quand le shogun lui accorda le
statut de daimyo (noble).
-
- D'autres dojo comme
l'itto-ryu dépendirent
d'abord d'un seigneur, puis
directement du shogunat Tokugawa.
D'autres encore, des écoles
privées indépendantes,
ressemblaient tout à fait aux
écoles d'aujourd'hui. A la
fin du XVè siècle, les
ryu monopolisaient pratiquement l
enseigement des arts et le dojo
typique était un
bâtiment très simple,
d'asez petite taille,
généralement
isolé dans la forêt ou
dans les champs. Il fallait
préserver les secrets de
l'école à la fois
contre ses ennemis et sa
concurrence, et le secret pouvait
être une question de vie et de
mort sur le champ de bataille ou
dans un duel. la simplicité
du dojo aidait le pratiquant
à se concentrer sur ce qui se
passait en lui sans distraction et
sans confort excessif.
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- LA SIMPLICITÉ
DU DOJO
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- Quels que soient sa
taille, son importance ou le type de
son administration, le lieu de
transmission de l'art martial
était un lieu
extrêmement important pour les
anciens pratiquants du Japon. lls
vénéraient la Voie au
delà de l'aspect pratique de
la discipline qui protégeait
leur vie et les
intérêts de leur
seigneur. Il y a toujours eu un
rapport très étroit
entre les arts martiaux et les
religions indigènes du
Japon.
- Beaucoup de ryu
pensaient être guidés
par une influence divine, ou tout au
moins comptaient sur un rituel
religieux secret pour renforcer
leurs méthodes. les
maîtres fondateurs des
premiers ryu étaient
censés avoir
été formés par
des déïtés, ce
qui bien sûr donnait un
éclat certain à leur
école. Ces fondateurs
allaient plus tard être
vénérés dans
leurs dojo comme des ancêtres
quasi divins. . . .
-
- On disait de lenao
Choisai que les secrets du Katori
Shinto ryu lui avaient
été
révélés par un
esprit ailé alors qu'il
méditait sous un
pêcher. Dans la
première version de
l'histoire, il s'agissait d'un
kappa, affreux petit lutin qui hante
les mares à tourbe. l'esprit
prit par la suite un
caractère plus noble et
aujourd'hui, une figurine
sculptée représentant
lenao est placée dans les
dojo de Katori Shinto-ryu.
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- LE RESPECT Du
DoJo
-
- le respect que le
guerrier classique portait à
son dojo est évident dans le
nom de celui-ci, qui est
dérivé de la
terminologie bouddhiste. le dojo est
le saint du saint du temple
bouddhiste, l'enclos
intérieur, le jo (endroit) ou
l'on suit la voie (do) Cela ne veut
pas dire que le dojo martial est une
église ou un temple.
- Beaucoup de dojo se
sont installés dans des
temples bouddhistes pour la
même raison que les archives,
la banque, les mariages, les
conseils et toutes les
réunions s'y tenaient :
c'était
généralement le seul
bâtiment du village à
être suffisamment vaste. la
tradition est restée. A la
fin du XlXe siècle, quand
Jigoro Kano fonda le judo, il ouvrit
son premier dojo au Temple Eisho
à Tokyo. Il enseigna
là jusqu'à ce que les
prêtres lui demandent de
partir : les vibrations incessantes
des chutes de ses disciples
faisaient
régulièrement tomber
les tablettes ancestrales de
l'autel. Quand le judo s'expatria
à Hawaï et en
Californie, les premiers dojo
s'établirent tout
naturellement dans des temples
bouddhistes.
- Aujourd'hui, dans le
dojo traditionnel, on voit souvent
des objets apparemment religieux,
comme les Kamiza, petits autels
où reposent des offrandes ou
des gohai, petites guirlandes de
papier. Ces autels ne sont pas
dédiés à un
dieu, mais à l'esprit d"un
maître de l'école.
l'esprit de Morihei Ueshiba repose
dans le kamiza de l'un des premiers
dojo d'aikido, mais on ne peut pas
dire que cet autel ait plus que les
autres un rapport avec une foi
religieuse
particulière.
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- ON VIENT SE REGARDER
EN FACE !
-
- le dojo n'est ni une
église, ni un gymnase. Notre
société
s'inquiète de plus en plus de
sa santé et le gymnase a
souvent pris la place du bar local
en tant que lieu de rencontre et de
discussion. les membres d'un club de
gym viennent soulever des poids,
nager ou courir tout en bavardant
avec de vieux amis ou en rencontrant
de nouveaux. C'est une ambiance
joyeuse et expansive. On ne va au
dojo ni pour s'amuser ni pour se
détendre. Au gymnase, on
oublie les rigueurs de la vie
quotidienne ; au dojo, on vient les
regarder en face. les angoisses, les
problèmes et les
inquiétudes de la vie sont
concentrés dans
l'atmosphère du dojo.
-
- l'employé de
bureau qui est trop timide avec ses
collègues ne peut plus se
permettre de l'être quand ses
adversaires le projettent dans tous
les coins de la salle. l'ouvrier
macho qui méprise les femmes
rencontre au dojo des femmes plus
Capables que lui ,qu'il doit
écouter et traiter avec
respect.
- Ce respect est une
différence fondamentale entre
le gymnase et le " lieu où
l'on suit la voie''. On vient au
gymnase pour se faire plaisir. les
sportifs y font des exercices
rigoureux, mais valorisants, et les
élèves d'une classe de
gym n'ont pas l'impression de se
soumettre à l'autorité
du professeur, qui est surtout un
guide qui donne la cadence, un
égal qui en sait un peu plus
dans le domaine de la forme
physique. Si un empêchement
professionnel ou personnel
intervient, le sportif abandonne ses
heures de gym avec un certain
regret, sans doute, mais rien de
plus.
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- LE LIEU OU L ON SUIT
LA VOIE
-
- le dojo est
pratiquement une autre
planète. Il n'est pas
question d'y venir pour se faire
plaisir et chaque pratiquant
s'implique totalement dans sa
pratique. Un budoka n'entre pas au
dojo en disant : ''Tiens, ce soir je
crois que je vais travailler mes
coups de pied'' ou ''J'ai envie de
me concentrer sur le combat libre,
aujourd'hui". C'est le sensei qui
décide du déroulement
de la séance et il
- est impensable de
partir si celle-ci consiste en
exercices qu'on apprécie
peu.
- le sensei n'est pas
seulement un professeur, c'est
véritablement le maître
du dojo. Il sait ce dont ses
élèves ont besoin dans
leur entraînement, et dirige
les pratiquants les plus
avancés avec une discipline
extrêmement rigide. Pourquoi
?
- Parce qu'il sait que
les humains sont au fond des
paresseux
invétérés. De
fout temps, les dojos ont
été organisés
pour encadrer les prati-uants dans
une voie particulièrement
difficile, en sachant qu'il faudra
les pousser pour qu'ils donnent leur
maximun. Et le pratiquant, à
son tour, sait qu'il n'est pas
là pour se faire plaisir mais
pour se retrouver face à
lui-même.
- Sa vigilance critique
doit être absolument
honnête s'il veut progresser
physiquement et moralement.
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- LE BUDO N EST PAS UN
SPECTACLE
-
- C'est une approche
sévère et le dojo doit
la refléter. Rien dans le
dojo n'est censé distraire le
pratiquant de son idéal de la
perfection. Ceux qui
pénètrent dans un dojo
pour la première fois sont
frappés par son
austérité. les murs et
le plancher sont
généralement en bois.
Des rayonnages très
utilitaires servent à ranger
le matériel si la pratique
spécifique du dojo en
utilise. Il y aura parois quelques
chaises pour les visiteurs, mais ce
ne sera jamais un agencement
très grand ou très
confortable : le budo est une
discipline que l'on pratique, ce
n'est pas un spectacle.
- le seul ornement est
celui dont nous avons
déjà parlé, le
kamiza (kami voulant dire
"supérieur" et
za,"siège" on "position". le
kamiza est l'es prit du dojo et par
extension la place de sensei pendant
l'entraînement. Placé
soit sur une étagère,
soit dans une petite alcove
ménagée dans la paroi,
le kamiza comprend souvent le
portrait du fondateur du style de
l'école, ou un petit autel
shinto appelé butsuden avec
quelques ornements ou quelques
offrandes. Quelle que soit son
apparence, c'est le centre du dojo
et on l'approche avec
respect.
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-
- PURIFIER LE
DOJO
-
- le dojo traditionnel
est toujours très propre. les
élèves l'entretiennent
avec plus de soin souvent qu'ils
n'en montrent pour leur propre
maison.
- Accroupis, ils
passent des serviettes humides sur
son plancher en grands arcs de
cercle dans le rituel du soji, qui
purifie le budoka autant que le
dojo. A la fin de
l'entraînement, le visiteur ne
verra qu'une horde
d'élèves se ruer d'un
bout à l'autre de la salle
avec des cris de guerre, nettoyant
le plancher avec un enthousiasme
furieux. En fait, il n'y a pas une
grande différence entre le
soji des arts martriaux et le samu
de l'austère moine Zen, qui
fait la moindre tâche
ménagère avec une
concentration totale qui la
transforme en méditation
dynamique. Quand le budoka nettoie
son lieu de pratique, il cherche
sincèrement à purifier
son esprit. Quand il part, le dojo
est prêt pour la classe
suivante et lui-même est
prêt à aborder le monde
extérieur avec
humilité.
-
-
- Austère et
impeccablement propre le dojo
traditionnel est plus rare qu'on
pourrait le penser. Il y a dix ans,
un décor de restaurant
chinois pouvait encore attirer des
élèves, mais le public
d'aujourd'hui est beaucoup mieux
informé sur les arts
martiaux.
-
- Ceux qui visitent un
dojo cherchent le lieu où ils
feront un chemin physique, mental et
spirituel sur une période de
plusieurs années.
- l'atmosphère
sobre du dojo traditionnel les
attirera plus que des dorurei, et
s'ils sont sérieux, c'est
là qu'il resteront, la
dignité du dojo traditionnel
est la garantie d'une recherche
conforme à l'idéal du
budo. Si votre dojo n'est pas
exactement celui que nous avons
décrit, cela ne veut pas
nécessairement dire qu'on n'y
suit pas la véritable voie
martiale.
- Comme le budoka, qui
suit une discipline rigide dans la
voie qu'il s'est tracée, le
dojo doit être conforme
à certaines normes pour
remplir son but.
-
- C'est la
responsabilité de tous les
budoka, le maître comme les
élèves, de faire de
leur dojo un lieu digne de leur
pratique : un lieu où l'on
suit la Voie.
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